Colère des joueurs, incompréhension, futur du jeu… Heroes of the Storm 3.0, par Activision

C’est via un simple message sur son blog officiel que, la nuit dernière, Blizzard a annoncé la mort esportive de Heroes of the Storm. Ses ligues compétitives ne seront pas de retour l’année prochaine, au grand dam des joueurs, managers et commentateurs qui en vivaient. De plus, une partie de l’équipe de développement a été bougée sur d’autres projets, sans qu’on ne sache si elle est importante ou pas. Beaucoup de personnes se sont indignées de cet abandon du jeu et de la communauté, tandis que d’autres ont vu à l’oeuvre la main insidieuse d’Activision, l’autre moitié – souvent maléfique – de Blizzard. Le fait est que pour nous ou d’autres médias, les réponses aux mails et commentaires ont été assez succins, sans entrer dans les détails. Difficile, donc de se faire une idée correcte…

 

  • La mort de l’eSport, avec de grosses conséquences

 

Le Heroes of the Storm Global Championship reviendra en 2019, avec les mêmes moyens. C’est ce qui a été indiqué à la dernière à BlizzCon à Kala, coach de l’équipe Tempo Storm. Dans une vidéo sur Twitter, il explique que des employés de Blizzard lui ont confirmé la nouvelle, moins de deux mois avant l’annonce de J. Allen Brack. Kala va encore plus loin, pointant les conséquences directes de la fin des compétitions : “C’est de la connerie, c’est vraiment terrible. Il y a tellement d’équipes et de joueurs qui ont mis leur coeur et leur âme dans le jeu – moi-même inclus, sans même parler des équipes qui se sont cassées le cul toute cette putain d’année pour en battre d’autres dans le Crucible pour avoir l’opportunité de joueur aux HGC, de trouver des putains de sponsors, et là soudainement on leur retire tout ?“. Enragée et passionnée, la tirade ne manque pas de vérité.

Car oui, la nouvelle est tombée comme un couperet pour la plupart des gens, Blizzard n’ayant, semble t-il, pas prévenu les professionnels en amont. Lauber, un (ancien) joueur pro a ainsi tweet” : ‘Franchement, allez vous faire foutre. Travailler dur six mois avec des nouveaux équipiers fantastiques pour cette merde. Silence radio pendant des semaines. J’ai envoyé de nombreux emails et tout ce que j’ai eu en retour, c’est qu’ils finalisaient les détails“. Effectivement, de nombreux joueurs professionnels pensaient attaquer la saison 2019 sereinement, et les équipes ne se voyaient pas tout arrêter avant même la fin de l’année.

 

 

Son de cloche similaire chez Cris, carry chez Roll20 esports : le jeune espoir a remporté le Crucible avec son équipe et s’apprêtait, en 2019, à se mesurer aux autres équipes des HGC. Sauf que voilà, de nombreux joueurs amateurs et jeunes structures professionnels qui avaient fait de grands investissements en temps et en argent pour l’année prochaine se retrouvent subitement sans rien. Chris “Tetcher” Ivermee, casteur britannique, a expliqué que la grande majorité de ses 4 000 dollars par mois lui venait de son contrat avec Blizzard. Ses sessions de streaming à côté ne sont pas suffisantes pour vivre, mais il a déclaré, avec d’autres collègues, réfléchir à la mise en place d’une alternative.

Quand on y réfléchit, la situation est pire pour les joueurs/managers. Car si des gens comme Ivermee bénéficient d’un contrat d’emploi légal, ou même d’auto-entrepreneur, d’autres n’ont pas forcément de cadre juridique ; le chômage et autres prestations sociales ne seront pas versés, entraînement une chute vertigineuse de revenus pour beaucoup…

 

 

 

 

 

 

 

 

  •   La patte d’Activision dans cette décision ?

 

On est entre nous, soyons donc honnêtes : Blizzard va mal depuis quelques temps. Peut-être la qualité de ses jeux (mais c’est subjectif), peut-être son chiffre d’affaire (mais nous n’avons pas tous les chiffres), peut-être d’autres choses. Une chose est sûre cependant : la réputation de la firme d’Irvine va mal, et ça ne semble pas s’améliorer. Si les critiques s’accumulent depuis quelques années, c’est l’annonce de Diablo : Immortal qui a porté le coup de grâce. La gestion de la crise par Blizzard a été plus que discutable, et les autres entreprises continuent de s’en donner à coeur joie – la phrase “don’t you guys have phones ?” est devenu mythique.

Mais alors, à qui la faute ? Activision, pour beaucoup. Est-ce que la méfiance (parfois haine) envers l’éditeur de Call of Duty est justifiée, on ne le sait pas ; mais il est clair que sa philosophie est souvent rattachée à un certain amour pour les gros billets, au détriment de la communauté. Prenons en compte le fait que Activision a racheté le développeur de Candy Crush et là, on tient une recette gagnante ! Les jeux smartphones font de l’oeil à de nombreux éditeurs depuis des années, de par le public extrêmement large, généralement jeune et, enfin, qui a tendance à s’investir – au sens propre – dans les jeux freemiums.

 

 

Encore une fois, Heroes of the Storm a eu du mal à s’imposer dans un milieu où les MOBA déjà existants sont très puissants ; rajoutons qu’étant sorti en 2015, il n’a pas pleinement surfé sur le phénomène mais est arrivé un tout petit peu après – à titre de comparaison, aujourd’hui, ce sont les battle royales qui dominent le marché, ne serait-ce que par effet de mode. Mais le résultat est que Heroes a probablement généré beaucoup, beaucoup moins de bénéfices qu’attendu, et l’organisation de tournois esportifs est toujours coûteuse. Or, Activision détient 60% de Blizzard, et les décisions de ses membres au conseil d’administration semblent peser de plus en plus ; cela peut expliquer l’attitude un peu erratique du papa de Diablo et StarCraft, bien loin des décisions qui ont contribuées à sa renommée, au début des années 2000.

Alors, est-ce que petit à petit, Activision finira par englober totalement Blizzard ? L’avenir nous le dira, mais cela semble de plus en plus possible…

 

 

 

 

 

  • Quelles répercussions pour Blizzard : StarCraft III et autres

 

Le développement de ce qui était à l’époque Blizzard DOTA a été fait par une petite équipe, directement détachée de la team RTS – laquelle, bien entendu, travaillait à l’époque sur la trilogie StarCraft II. Le succès et la hype aidant, l’équipe de ce qui allait devenir Heroes of the Storm a bien grandi, devenant totalement autonome et capable d’assurer un contenu sérieux par elle-même…jusqu’à maintenant.

Kaéo Milker, le directeur du jeu, a assuré les fans que le développement continuerait toujours et que si on pouvait s’attendre à des plus gros délais entre chaque sortie (héros, personnage, pack de skins…), Heroes of the Storm n’était pas mort du tout. Certes, mais jusqu’à quand ? Il ne fait aucun doute que le retrait des HGC et de Heroes of the Dorm précipiteront la chute des équipes pros et semi-pros sur le jeu, ainsi que des autres petits tournois ; la publicité naturelle dont bénéficiait le MOBA absente, il sera rapidement écrasé par ses grands frères League of Legends ou DotA 2. On croise les doigts très fortement pour que Activision/Blizzard laisse cette licence hybride en vie, mais honnêtement, on ne serait pas surpris par une fermeture d’ici deux ans.

 

 

La disponibilité d’une grande partie de l’équipe de développement de Heroes of the Storm est néanmoins intéressante ; il s’agit de personnes talentueuses, ayant une grande expérience des RTS et des MOBA. On sait depuis un moment que Blizzard recrute pour de nouveaux projets, la plupart n’étant pas annoncés, mais rassurez-vous, il ne s’agira pas que de smartphones.

Cette fournée de développeurs chevronnés pourrait être directement affectée à l’équipe de RTS et, pourquoi pas, à un hypothétique StarCraft III ; le deuxième opus de la saga continue de générer un important environnement esportif, mais les contenus eux-mêmes n’arrivent plus. Le pack de DLC Nova n’a pour l’instant pas fait d’émules, et ça fait déjà trois ans. Certes, des renforts pourraient être déployés sur WarCraft III : Reforged, mais le développement de celui-ci entre dans sa phase finale. Il est également possible que justement, Reforged et son éditeur servent de base à une nouvelle version de Defense of the Ancients, complètement chapeautée par Blizzard et à l’abri de déboires judiciaires.

Il semble donc plus probable que StarCraft III soit effectivement en développement ou même, soyons-fous, d’autres RTS non-annoncés. Et d’avance, non, on ne suggère pas WarCraft IV. Parce que ça serait trop beau.

 

 

Rédacteur en chef de ce p'tit bien sympatoche ! Dispo sur Twitter : @RealMimil

Laisser un commentaire