Bethesda : rétrospective, projets et suppositions sur un éditeur en demi-teinte

Fondé en 1986, l’éditeur américain Bethesda Softworks a acquis une certaine notoriété grâce à ses jeux sur les films Terminator, mais c’est bien sûr la saga The Elder Scrolls qui l’a conduit au firmament. Comparée à Electronic Arts, notamment pour ses rachats récents de studios de développement mais aussi pour ses habitudes commerciales discutables, cette pousse prometteuse venue du Maryland a connu, cette dernière décennie, une croissance formidable, que ce soit financièrement ou dans le cœur de ses fans toujours plus nombreux.

On doit principalement ceci à Skyrim, jeu devenu culte – qui ne s’est jamais pris une flèche dans le genou, après tout ? Mais Bethesda, c’est aussi Fallout et son univers apocalyptique, Wolfenstein et ses nazis ou encore la nouvelle saga Dishonored, qui s’est imposée dès son premier opus comme une référence sérieuse. Avec des sorties récentes et des licences aussi anciennes que respectées, Bethesda n’a plus à prouver son savoir-faire et ses ambitions. Pourtant, plus de trente ans après sa création, il convient de s’interroger sur ce mastodonte, et ses projets…

 

 

  • Fallout, l’avenir d’une grosse saga

 

Alors que nous avons eu un Fallout 4 aux avis mitigés, nous pensons forcément à l’avenir : est-ce qu’un Fallout 5 serait de trop ? La réponse est bien évidemment non ; cependant, Fallout 4 restera le dernier sorti pendant encore quelques années, car même si les joueurs peuvent l’attendre en rêvant, Bethesda nous montre qu’ils n’en ont pas fini avec ce quatrième opus. En effet, si vous suivez l’actualité, vous aurez constaté que le Creation Club a fait son apparition avec notamment Fallout 4 en tête d’affiche (aux côtés de Skyrim). Le développeur américain ne cache pas sa volonté d’user les jeux déjà sortis jusqu’à la corde, et ce même si les joueurs ne sont pas forcément d’accord. Car malgré certains DLC très qualitatifs, comme Far Harbor et son atmosphère délicieusement pesante, d’autres n’ont été que de pauvres ajouts bien au-dessus de leur valeur réelle ; à titre d’exemple, le Wasteland Workshop aurait été beaucoup plus agréable en mise à jour gratuite, plutôt qu’en contenu additionnel payant.

A partir de là, que peut-on attendre de la licence Fallout dans le futur ? Trois choix s’offrent à nous : Fallout 5, Fallout New Vegas 2 ou bien un nouveau style de Fallout, comme un jeu de carte – cela a été fait pour The Elder Scrolls, par exemple. Cependant, l’hypothèse la plus probable reste encore Fallout 5, et c’est ce qui risque grandement d’arriver.

Là où Fallout 4 nous a amené de nombreuses nouveautés dans le gameplay (construction d’une ville, omniprésence d’êtres tel que les synthétiques…), Fallout 5 devrait nous apporter encore plus de changements. En effet, la trame principale des jeux Fallout (à l’exception notable de New Vegas) nous a toujours envoyé dans des horizons plus ou moins proches des abris. Ce prochain Fallout pourrait nous permettre de voyager plus loin dans les Etats-Unis voire-même, soyons fous, en Chine. Effectivement, si la série continue sur la lancée du quatrième opus, le jeu tentera des choses auxquelles personne n’aurait pensé. Nous pourrions donc atterrir dans une autre région des Etats-Unis, ou aussi nous attendre à avoir une phase de jeu alors que les explosions n’ont pas encore eu lieu (comme pour l’introduction du quatrième opus) ; mais nous pouvons également croire à une séquence plus longue, et pourquoi pas au fait que l’on ait une réelle importance dans ce monde sans aucune crainte, aucune hormis la guerre. Concrètement, on attend de Bethesda de sortir des sentiers battus, de nous surprendre, d’innover !

 

Est-ce que Chris Avelonne vient de teaser un nouveau jeu Fallout ?

 

Un facteur important est à prendre en compte dans la réalisation du prochain Fallout : le facteur The Witcher 3 ! Si vous ne l’avez pas testé, nous vous conseillons plus que chaudement le RPG de CD Projekt Red, dont le dernier DLC aura d’ailleurs été notre jeu de l’année 2016. Les deux sont sortis la même année (The Witcher 3 en mai, Fallout 4 en novembre), mais le jeu polonais a éclipsé toute concurrence avec ses graphismes, sa bande-son, son univers riche et ses quêtes, son histoire ainsi que ses personnages. D’une certaine manière, c’est un nouveau standard qui a été imposé au genre, à tel point que EA a reconnu s’en être inspiré pour Mass Effect : Andromeda – est-ce que l’inspiration a marché, c’est une autre question. Quoiqu’il en soit, on peut légitimement s’attendre à ce que Bethesda retravaille en profondeur sa manière de créer des jeux.

L’autre option qui tente les fans est bien sûr une suite à New Vegas. Cet opus est devenu iconique, on imagine donc bien Bethesda exploiter sa très large fanbase. Un mod pour Fallout 4 reprenant ce jeu est actuellement en développement par des fans, mais une suite officielle serait, à coup sûr, un argument marketing majeur. Des indices avaient pu laisser penser qu’Obsidian Entertainment était sur le projet, mais rien n’est moins sûr. Il n’est pas impossible d’imaginer une annonce lors de l’E3 2018, en juin prochain, pour une sortie dans le dernier trimestre de cette année, voire peut-être l’année prochaine…

 

Fallout 4 : un mod apporte le Géant de Fer, et ça claque

 

 

Half-Life 3, The Elder Scrolls VI, même combat ! Plus de six ans après la sortie de Skyrim, les fans de la licence se désespèrent de voir la suite arriver, surtout que Bethesda est resté nébuleux assez longtemps sur le sujet. L’E3 2017 aura été plutôt décevant au niveau des annonces, mais Petes Hines lui-même a fini par officialiser la nouvelle : oui, The Elder Scrolls VI est en développement ! Mais pourquoi se faire aussi discret sur un sujet aussi populaire ?

Premièrement, il est tout à fait logique – et rassurant – que Bethesda veuille prendre le temps qu’il faut pour sortir un produit qualitatif, à l’inverse d’un Call of Duty, par exemple. De nos jours, les jeux se doivent d’avoir de plus en plus de contenu, et un open world à remplir demande une quantité de travail titanesque. Mais l’autre raison est, encore une fois, le symptôme The Witcher 3. Pendant quatre ans, Skyrim a été LA référence des RPG, écrasant toute concurrence – notamment grâce à sa communauté de moddeurs. Mais CD Projekt est venu bouleverser tout ça avec jeu qui est, objectivement, beaucoup plus qualitatif sur tous les points. Il faut dire qu’il est sorti quasiment une demi-décennie après, mais tout de même : CD Projekt était à l’époque un studio polonais de taille modeste, avec des moyens bien chétifs en comparaison du mastodonte qu’est Bethesda. De plus, son propre prédécesseur, The Witcher 2 : Assassins of Kings est lui-même sorti en 2011 !

Avec un développement plus rapide et surtout, un résultat beaucoup plus qualitatif que ses concurrents, The Witcher 3 : Wild Hunt a mis une grosse claque aux autres studios, et les a poussé à réviser leurs priorités. On ne sait pas où en était le développement de The Elder Scrolls VI ces dernières années, mais il doit en tout cas être bien avancé. Il n’est donc pas impossible d’imaginer une annonce à l’E3, dans six mois ; reste à espérer que Bethesda saura nous éblouir !

 

On est plusieurs à vouloir ça, right ?

 

 

  • Autres projets et troisième licence

 

Un jeu de plateau Fallout a d’ores et déjà été annoncé, montrant la volonté de Bethesda d’exporter ses univers en-dehors de nos jeux ; pour rappel, il existe déjà un Monopoly dans cet univers. Mais ça n’est pas tout : plusieurs comics sont également prévus, avec une volonté affichée d’explorer et approfondir le background de la série. Il est possible qu’à terme, à l’instar de World of Warcraft, ces produits dérivés fassent le lien entre des événements que l’on verrait en jeu, donnant ainsi plus de matière à l’univers de Fallout. Puis, qui sait, ces comics pourraient aussi introduire des personnages ou même des lieux de futurs opus ?

Bethesda travaille aussi sur des dérivés d’autres licences : l’exemple le plus parlant est The Elder Scrolls Online, dont la dernière extension, Morrowind, est sortie en juin dernier. On ne sait pas à quel point l’éditeur américain poussera le développement de son jeu, ni quel sont les conséquences sur le très attendu The Elder Scrolls VI, mais c’est une importante source de revenus, qui nécessite donc d’importants moyens. Et dans la veine de la mode lancée avec Hearthstone, Bethesda s’est également attelé au développement de son propre TCG. Artifact de Valve ou le Gwent de CD Projekt sont d’autres concurrents très sérieux, avec un pied bien ancré dans le sport électronique. C’est là un domaine où Bethesda ne s’est pas vraiment aventuré, et beaucoup s’y sont cassés les dents ; il sera intéressant de voir, dans les prochains mois, comment la firme du Maryland souhaite différencier son TCG de la concurrence, et l’exploiter.

En attendant, une autre licence de poids fait la fierté de Bethesda : Wolfenstein. Les trois derniers opus de la série ont été développés par feu MachineGames, depuis devenu ZeniMax Sweden AB. Les critiques sont très positives dans l’ensemble, et la régularité des sorties a imposé Wolfenstein comme une série phare des FPS modernes ; on ignore encre quels sont les projets de Bethesda pour l’ami Blazkowicz, mais il n’est pas impossible de voir des produits dérivés en marge de la série principale. Dishonored aussi est une perle à prendre en compte : développée par Arkane Studios (depuis racheté aussi par Bethesda !), cette licence est depuis son premier opus ultra-populaire, et ce dans tous les pays du monde. Avec son univers steampunk attrayant et ses personnages charismatiques, ce jeu venu tout droit de Lyon offre aussi d’importantes perspectives de merchandising. Il y a là clairement de la matière pour lancer une saga de plusieurs opus, sans compter d’autres surprises bien sympathiques. Seul l’avenir saura nous dire à quoi sont promis les habitants de Dunwall.

Mais sans compter Dishonored, mine de rien, on se rend compte que les licences de Bethesda sont toutes assez vieilles. Cela fait un peu penser à Blizzard et sa sainte trinité Warcraft, Diablo et StarCraft ; néanmoins, l’éditeur d’Irvine aura signé un magnifique coup avec Overwatch, dont l’univers a séduit des dizaines de millions de fans et rapporté bien plus.

Avec les éléments que nous possédons aujourd’hui, il est claire que le catalogue de Bethesda est imposant, mais pas si diversifié que ça ; la nouveauté pourrait-elle venir de Game of Thrones ?  En août dernier, le revendeur Target annonçait un jeu sur cet univers édité par Bethesda, avant de vite retirer l’annonce. Simple buzz, ou erreur ? Mais si c’est vrai, le fait qu’à l’été 2017, un revendeur ai été en mesure de préparer la page de magasin indiquerait que le développement du jeu est bien avancé, en tout cas suffisamment pour en faire la promotion. Il faut néanmoins se dire que jusqu’à maintenant, aucune annonce n’a été faite, pas même un leak. Cela rend donc cette hypothèse peu probable, seule une confirmation de l’éditeur faisant foi ; toujours en supposant que l’information de Target est vraie, une annonce à l’E3 2018 semble un timing logique. Quant au type de jeu, le RPG s’annonce tout indiqué, non-seulement parce que cela se prêterai parfaitement à l’univers de George R.R. Martin, mais aussi parce que c’est la spécialité de Bethesda.

 

  • Skyrim et le Creation Club, les vaches laitières aux œufs d’or

 

Faut-il revenir sur la popularité du mythique Skyrim ? Oui, si l’on en croit Bethesda : extension pour son jeu de carte, portage sur la Switch, édition spéciale… le cinquième opus de la saga The Elder Scrolls est très populaire, et Bethesda compte bien exploiter ça à 100%. Un peu trop, même, puisque la communauté a déjà manifesté son envie de passer à autre chose – par exemple, à TES VI ! On espère que 2018 ne nous réservera pas une Skyrim Collector Knee Edition on GameCube, mais bien une autre aventure de la saga.

2017 nous aura offert une nouveauté inattendue : le Creation Club. Cette fonctionnalité, disponible pour l’instant sur Fallout 4 et Skyrim, permet d’acheter certains types de mods spécifiques. Beaucoup s’en sont pris à Bethesda et sa volonté de faire de l’argent avec tout, estimant que les mods devraient rester sur le Workshop, et ne pas subir les interférences des éditeurs – un joueur a carrément créé un mod pour Fallout 4 permettant de retirer le Creation Club de l’écran d’accueil ! Il faut reconnaître que les mods une invention fantastique, que la communauté créée pour elle-même ; il serait donc logique de la lui laisser, afin de ne pas subir certaines dérives. Le Steam Workshop est, aux yeux de beaucoup, très bien comme il est, le Creation Club n’a donc pas de réel intérêt en-dehors d’offrir un certain contrôle à Bethesda. Il sera intéressant de voir comment les choses évoluent à l’avenir.

Concernant les mods en eux-mêmes, ils sont une part important des jeux récents de Bethesda, avec des résultats parfois impressionnants – on pourrait parler des extensions gratuites pour Skyrim, ou de New Vegas recréé sur Fallout 4. Est-ce que par là, l’éditeur du Maryland ne chercherait pas à augmenter la rejouabilité de ses jeux pour gagner du temps ? Le Creation Club nous pousse clairement à acheter de la nouveauté sur de l’ancien contenu ; ainsi, Bethesda maximise encore ses revenus tout en ayant le temps de développer de futurs opus pour ses licences. Peut-être est-ce la cause du retard de l’annonce de TES VI, ou de Fallout 5

 

 

En résumé, Bethesda est un éditeur/développeur au passé respectable, et au futur radieux. Mais si on creuse, on s’aperçoit que des failles sont malheureusement trop présentes, et trop nombreuses, à commencer par un amour peut-être trop fort des dollars. Cela nuit à la philosophie de développement générale de l’entreprise, et gâche des licences pourtant pleine de potentiel ; néanmoins, ces dernières années, Bethesda a opéré des rachats de studieux audacieux, tel que la pépite française Arkane Studios.

Les prochaines années seront intéressantes, car en tant que développeur, l’entreprise de ZeniMax devra se réaligner sur des standards modernes, en particulier sur les séries Fallout et The Elder Scrolls. D’un point de vue d’édition et de distribution, les licences fortes que sont Dishonored et Wolfenstein promettent encore de puissants opus dans la décennie à venir, avec toujours plus de produits dérivés. L’évolution du Creation Club sera aussi déterminante, car la politique de Bethesda vis-à-vis des mods et des DLC n’a, récemment, pas été approuvée par ses fans.

En tout cas, une chose est sûre : les multiples rééditions de Skyrim auront beaucoup inspiré les internautes, qui nous offrent ce petit florilège bien savoureux :

 

 

 

 

 

 

  • Les grosses productions de Bethesda ces dernières années, en tant que développeur ou éditeur :

 

The Elder Scrolls V : Skyrim

Wolfenstein II : The New Colossus

Dishonored 2

Fallout 4

 

   

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