Ban du joueur pro de Hearthstone : boycott des fans, abandon des pros, et (très) mauvaise situation générale

Le 6 octobre dernier, Chung “blitzchung” Ng Wai manifestait son soutien aux manifestants de Honk Hong, ce qui résultait, deux jours plus tard, de son bannissement de la compétition Hearthstone à laquelle il participait, ainsi que son interdiction d’être présent sur la scène esportive du jeu pendant un an. Les critiques envers la décision de Blizzard ont été virulentes, mais depuis quelques jours, elles n’ont fait que prendre de l’ampleur. Petit récap :

 

  • Les fans se rebiffent en masse…

 

Aux Etats-Unis, le hashtag #BoycottBlizzard est le plus populaire de Twitter, alors même que les fans expriment leur colère et quittent peu à peu Battle.net. Les tweets et messages de protestions, sur diverses plate-formes, se font toujours plus nombreux, de même que des fan arts de Mei qui incarne désormais le soutien de la communauté aux Hongkongais. Par ailleurs, le subreddit consacré à Hearthstone a été clos par les modérateurs sans explication, mais on imagine bien que la polémique en est à l’origine. Il est encore trop tôt pour savoir quel impact cette histoire aura pour Blizzard, mais ça sent très mauvais.

 

  • … ainsi que les personnalités

 

Mark Kern, qui a été lead designer de World of Warcraft Vanilla (il y a 15 ans) mais aussi producteur de Diablo 2 et du premier StarCraft, a quitté Blizzard il y a certain temps mais reste une sommité de référence. Sur Twitter, Kern a publié une photo des raisons de sa résiliation au célèbre MMORPG qu’il a contribué à créer. Le geste est fort, et représentatif de la colère qui accompagne une décision loin de faire l’unanimité. Il a presque un an, Kern avait déjà expliqué que l’éditeur ne comprenait plus rien aux joueurs, suite à l’annonce de Diablo : Immortal.

 

 


De même, une trentaine d’employés du studio ont manifesté leur mécontentement, et dans un lieu symbolique : près de la statue de l’Orc du campus d’Irvine, où les employés ont l’habitude de fêter leurs plus gros succès ensemble. Sur une photo publiée sur Reddit, on peut voir les employés lever des parapluies, symbole de la contestation des Hongkongais. Mais ça n’est pas tout : hier, la statue a été recouverte de messages affichant des slogans comme “Think Globally” et “Every Voice Matters“.

 

 


Un autre nom important a manifesté son mécontentement : Brian Kibler. Introduit en 2010 au Hall of Hame du jeu Magic : The Gathering, ce caster au 500 000 abonnés sur Twitch était un commentateur régulier des tournois Hearthstone, adoubé par Blizzard et largement apprécié de la communauté. Dans un communiqué disponible sur Medium, en anglais, Kibler explique qu’il ne peut plus continuer de “sourire devant la caméra” en ignorant les prises de position de Blizzard, d’où sa démission. Au vu de la popularité de ce commentateur d’expérience, nul doute que sa décision aura d’importantes répercussions.

Mais ça n’est pas tout, les politiciens américains aussi s’en mêlent ! Le sénateur démocrate Ron Wyden a ainsi déclaré que “aucune entreprise américaine ne devrait censurer un appel à la liberté pour de l’argent facile. Blizzard montre sa volonté de s’humilier elle-même pour plaire au Parti Communiste Chinois“. Même son de cloche du côté du sénateur républicain Marco Rubio qui soutient blitzchung en ces termes : “Les gens qui ne vivent pas en Chine doivent soit s’auto-censurer, soit faire face à une révocation et des suspensions“. Ce sont pour l’instant les seules figures à s’être exprimées sur le sujet, bien que des associations de défense des Droits de l’Homme aient aussi défendu le joueur professionnel. Pour l’instant, cette polémique n’a rien de diplomatique ou étatique, mais si les choses continuent sur cette lancée, des réactions de divers gouvernements mondiaux pourraient être attendues.

La rébellion se poursuit également dans les streams officiels : le 9 octobre, lors du match opposant Worcester Poly contre American University dans le cadre du Hearthstone Tespa Collegiate Champs, des étudiants ont brandi une pancarte en soutien aux manifestants, ce qui a valu au stream d’être coupé prématurément. Vous pouvez retrouver la séquence ci-dessous, à partir de 51:40.

 

 

 

 

  • Le pourquoi du comment, par (pas) Blizzard

 

Pour l’instant, le développeur californien ne s’est pas exprimé, même pas via les community managers de ses réseaux sociaux. Ce qui semblait être une simple sanction sans grosse répercussion est maintenant une controverse d’envergure mondiale, mais il semblerait que Blizzard applique la stratégie de “je laisse couler en attendant que ça se calme”. Mais est-ce que c’est vraiment efficace ? Les prochaines semaines nous le diront.

Le fait est que l’Asie représente 12% du chiffre d’affaire global de l’éditeur, d’après ses derniers résultats. Si cela peut sembler peu, il est bon de noter que la Chine a un nombre d’abonnés globalement stable à World of Warcraft, là où le reste du monde enregistre grosso modo une baisse plus ou moins importante. Mais là où c’est plus important, c’est le potentiel : Blizzard a déjà indiqué être en train de développer plusieurs jeux mobiles, or ceux-ci sont particulièrement populaires auprès du public chinois ; il est également bon de noter que le Parti communiste, qui gère à peu près tout, scrute de très près les oeuvres étrangères qui entrent dans le pays, et peuvent décider de censurer, voire bloquer, tel ou tel jeu. Blizzard a donc tout intérêt à rester dans les bonnes grâces du gouvernement chinois pour éviter d’y perdre son public. La concurrence y est particulièrement rude, surtout au profit du géant Tencent.

Sur Twitter, pour ce que ça veut, certains employés ont indiqué que J. Allen Brack, le PDG de l’éditeur, allait bientôt s’exprimer auprès des employés afin de calmer la grogne montante. Mais plus que cela, Blizzard se doit d’apporter des explications auprès de la communauté, laquelle semble globalement ne pas vouloir en démordre. Certains joueurs font le parallèle avec la suppression brutale des HGC sur Heroes of the Storm, qui a laissé les fans, mais aussi les joueurs professionnels et les commentateurs ainsi que les équipes qui gravitent dans cet écosystème, sans source de revenu du jour au lendemain.

Ajoutons à cela des polémiques sur Overwatch (comme Ellie ou feu le Toronto Esports Club) et la vague de licenciement en France, et le tableau est assez noir. Un an après une BlizzCon marquée par la catastrophique annonce de Diablo : Immortal et à trois semaines de la nouvelle édition, cette controverse commencée par une sanction envers blitzchung pourrait coûter très cher au studio californien…

Rédacteur en chef de ce p'tit bien sympatoche ! Dispo sur Twitter : @RealMimil

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