Nacon annonce une situation financière critique, et est à deux doigts de la faillite

Plus d'argent, plus de perspectives d'avenir

L’éditeur et fabricant d’accessoires Nacon – anciennement Big Ben Interactive – est au cœur d’un séisme : incapacité à honorer le remboursement partiel d’une dette obligataire, suspension du cours et dépôt de bilan de sa filiale publieuse expliquent l’emballement financier autour de Nacon.

Le groupe a officiellement annoncé, le 25 février 2026, avoir déposé une demande d’ouverture de procédure de sauvegarde afin de « renégocier ses dettes et développer un plan de continuité crédible » afin de pouvoir continuer à exister. La nouvelle tombe particulièrement mal, alors que Nacon vient de publier Styx : Blades of Greed qui a été globalement bien accueilli.

 

 

  • Pourquoi maintenant, et quelles causes ?

Selon les éléments publics, la crise remonte à l’impossibilité pour le principal actionnaire de procéder à un remboursement partiel de 43 millions d’euros sur une obligation. Ce défaut a déclenché une  série d’événements négatifs : suspension de la cotation des actions sur Euronext Paris, blocage des liquidités et, finalement, la décision de Nacon de solliciter la protection des tribunaux pour gagner du temps et trouver un plan de restructuration.

La procédure de réorganisation permet en théorie à Nacon de continuer à opérer pendant qu’elle renégocie sa dette. Concrètement, plusieurs projets sensibles sont désormais en péril : sorties récentes ou imminentes (citons GreedFall 2, la série WRC et d’autres titres codéveloppés) voient leur calendrier et leur financement fragilisés. Des éditeurs et studios sous contrat dépendront des décisions du tribunal commercial et des créanciers – qui devront accepter ou refuser des plans de continuation ou de cession d’actifs. Rappelons qu’un éditeur abonde souvent dans le financement d’un studio pour un jeu donné, et que le financement en question critique pour mener à terme le développement d’un jeu ; si Nacon possède effectivement une telle relation avec plusieurs studios, de jeunes pousses vidéoludiques sont potentiellement en danger d’extinction.

Il est également important de noter que Nacon n’est pas un pure player éditeur AAA indépendant : son modèle combine publication de jeux, propriétés intellectuelles propriétaires, et vente de périphériques (volants, manettes…) vidéoludiques. Cela multiplie les sources de revenu mais accroît aussi la sensibilité aux problèmes de trésorerie. La société arrivait avec un carnet de sorties ambitieux pour 2025–2027, mais ça n’est manifestement pas suffisant. Lorsqu’un actionnaire majeur ne peut pas honorer un remboursement, l’effet domino est rapide et compromet même les sections rentables de l’entreprise. La suspension récente des échanges était un signal d’alerte confirmé par le dépôt de bilan, mais les racines du problèmes ne sont pas encore claires ; est-ce un énième effet d’une industrie en difficulté, ou d’une gestion hasardeuse ? Le tribunal tranchera…

 

 

 

  • Impact sur les studios tiers et les développeurs internes et les joueurs

Pour les équipes internes et les studios partenaires, l’incertitude se traduit par un gel potentiel des budgets, retards dans les paies ou annulation des contrats de sous-traitance. Les développeurs qui comptaient sur des fonds prévus pour le marketing et la production risquent d’être pénalisés. Les partenaires (plateformes, distributeurs) surveillent la procédure : certains pourraient exiger des garanties supplémentaires ou renégocier les accords, rendant la reprise plus longue.

À court terme, rien n’indique que les jeux déjà achetés cesseront de fonctionner. À moyen terme, les mises à jour, DLC ou services en ligne pourraient être réduits si la trésorerie se tend. Pour les titres à venir, les joueurs devront se préparer à des retards ou, pire, à des abandons de projets. Les consommateurs et la communauté doivent aussi surveiller la qualité des productions ; une entreprise sous pression financière tend à compresser les budgets QA et marketing, au risque d’affecter la finition des jeux. C’est d’ailleurs ce qu’on remarque depuis quelques années, alors que les licenciements se multiplient mais que la qualité globale des jeux baisse.

 

 

 

  • Quelles options sur la table ?

Trois scénarios sont plausibles : 1) un plan de continuation validé par la justice et les créanciers, avec restructuration de la dette et vente d’actifs non stratégiques ; 2) la cession partielle ou totale d’activités (studios, licences) à des tiers ; 3) en cas d’échec des négociations, une liquidation partielle ou totale entraînant suppressions d’emplois et abandon de projets. Nacon indique qu’elle « évalue toutes les solutions possibles » pour préserver l’activité, mais la fenêtre pour convaincre créanciers et partenaires est étroite.

La mésaventure de Nacon est emblématique d’un modèle où la course à la croissance externe et le recours massif aux obligations peuvent fragiliser des groupes créatifs. Lorsque la dette pèse plus lourd que les revenus récurrents, un défaut d’un actionnaire ou une mauvaise synchronisation des sorties suffit à faire vaciller l’ensemble. Pour le secteur français, dont Nacon est l’un des noms exportables, le signal est préoccupant : il rappelle que la finance et la création ne font pas toujours bon ménage sans garde-fous prudents.

 

 

 

Rédacteur en chef de ce p'tit site bien sympatoche ! Amateur de jeux stylés, point bonus s'il y a une histoire riche et/ou des blagues de gamin. Dispo sur Twitter : @RealMimil

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