L’impossibilité du « Steam français » ou une promesse électorale qui dessert l’industrie des jeux vidéo
Et après le populisme, une taxe sur la bande passante est envisagée
Cette semaine, le parti politique La France Insoumise a annoncé, via le député Ugo Bernalicis, déposer un texte de loi pour la préservation des jeux vidéo.
Une initiative louable, tant ce sujet est brûlant depuis que Ubisoft a fermé les serveurs de The Crew, et que d’autres situations similaires se sont produites. Mais surtout, le député du Nord et son parti se sont illustrés en proposant qu’un « Steam français » soit créé, permettant aux jeux d’exister pour toujours. Son fonctionnement est basé sur l’obligation pour un éditeur et/ou studio, dans le cas de l’abandon d’un jeu, à fournir les données de restauration, de fonctionnement et de maintient à la Bibliothèque Nationale de France.
Alors que la campagne présidentielle de 2027 commence à prendre de l’élan, cette proposition qui n’est rien de plus qu’un aguichage électoraliste se heurte rapidement au mur de la réalité, déjà sur le plan légal. L’Union Européenne se penche depuis un moment sur le sujet ô si épineux qu’est la différence pratique/éthique/technique/légale entre l’achat d’un jeu et l’achat d’une licence, ainsi que les droits attenants ; en étant seule, la France n’aurait pas vraiment d’arsenal juridique pour forcer de grands éditeurs mondiaux à se plier à ses règles, et finirait par être ostracisée du marché mondial. Pas folichon, donc.

Le financement reste opaque, ou en tout cas difficilement réalisable : M. Bernalicis propose une taxe d’environ 5% qui serait prélevé sur la commercialisation des jeux en France, qu’il s’agisse de physique ou de digital. Sur un triple A vendu à 80€, on parle donc de 4€ qui seraient répercutés sur le consommateur ; le modèle utilisé par La France Insoumise est un clair rappel du CNC, organe étatique qui s’est récemment retrouvé sous le feu des projecteurs pour ses problèmes d’entre-soi. C’est d’ailleurs avec la création d’un Centre National du Jeu Vidéo que le parti d’extrême-gauche entend superviser et financer ce projet
Mais surtout, l’ironie est qu’il existe des organismes de ce type, comme le Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisir. Celui-ci a d’ailleurs pointé dans le rapport de M. Bernalicis la quasi-impossibilité technique de rendre cette mesure réelle, mais le député insoumis a vanté un « rapport de force » auquel les grandes entreprises finiraient par cédé. Une position on ne peu plus populiste, qui ne s’appuie pas sur les réalités économiques non seulement globales, mais également du moment.
Cette proposition est d’autant plus amusante qu’en plus de l’échéance électorale, La France Insoumise a apporté son soutien au Parti Socialiste dans un amendement qui veut taxer la bande passante, et toucherait donc fortement les gamers. Taxes d’un côté et populisme de l’autre, il n’y a pas à dire, les gamers sont servis par La France Insoumise ; celle-ci peut d’ailleurs compter sur le soutien de Webedia, qui n’a pas hésiter via ses officines que sont MGG et JVC à soutenir cette proposition.


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