Des investisseurs envisagent d’attaquer CD Projekt en justice suite au lancement de Cyberpunk 2077

Les choses semblent empirer pour CD Projekt Red, suite au lancement assez raté de Cyberpunk 2077. Le célèbre prestigieux New York Times s’est fendu d’un article sur le sujet, et termine sur une note assez inquiétante : des investisseurs pourraient attaquer CD Projekt en justice pour avoir caché l’état réel du jeu.

On retrouve en tête de liste Mikołaj Orzechowski, associé de l’entreprise polonaise éponyme. Cet investisseur de CDPR explique : “nous sommes en train d’analyser avec l’équipe légale de la firme, la possibilité d’une action collective en justice sur la possibilité d’un acte criminel en vertu de l’article 286 du Code Pénal“. L’idée repose sur le fait que l’état de Cyberpunk 2077 a été caché de tous jusqu’à son lancement, en particulier sur PlayStation 4 et Xbox One.

De l’autre côté du globe, c’est la firme new-yorkaise Wolf Haldenstein Adler Freeman & Herz LLP qui a proposé aux actionnaires du studio de les contacter, et est déjà en train d’enquêter sur de possibles actions légales. J’ai contacté WHAF&H pour avoir plus de détails, et ne manquerait pas de vous tenir au courant en cas de news.

 

 

Est-ce que, si elles sont lancées, ces possibles actions en justice ont des possibilités de réussir ? Depuis début décembre, l’action de CD Projekt Red a perdu 41% de sa valeur, ce qui est tout de même énorme suite au lancement d’un produit phare. Mais d’un point de vue légal, le problème est beaucoup plus simple, et très symbolique de l’industrie du jeu vidéo : un jeu a été vendu via des trailers et des campagnes marketing, pour finalement ne pas être ce qui avait été promis.

L’affaire pourrait s’avérer assez délicate pour le studio polonais, puisque des développeurs ont récemment déclaré avoir prévenu leurs supérieurs en début d’année que Cyberpunk 2077 ne serait pas prêt à temps. Au fil des mois, certaines fonctionnalités majeures comme le métro ont été supprimées, mais la date du 10 décembre a réservé encore d’autres mauvaises surprises ; de Charybde en Scylla, le RPG futuriste a enchaîné les déconvenues. Et pourtant, deux portes de sorties se distinguent pour le studio polonais.

Outre les patchs correctifs passés et à venir, il faut garder en tête que 16 DLC gratuits sont prévus pour les prochains mois, comme cela avait été le cas avec The Witcher 3. Si leur contenu n’est pour l’instant pas connu, l’opportunité est excellente pour proposer encore plus de fonctionnalités qui augmenteront la valeur ajoutée du produit final.

 

 

L’autre solution, délicieusement ironique, concerne les investisseurs en eux-mêmes. Il est de notoriété publique que la dernière décennie a été marquée par des sorties catastrophiques, tant les jeux sont rapidement mis à disposition du public avant d’être patchés plus tard. Il faut bien garder en tête que malgré l’excellente trilogie consacrée à Geralt de Riv, l’expérience de CD Projekt Red en tant que studio/éditeur est loin d’être immense, et il n’y a aucune honte à cela. Mais le fait est que investisseurs institutionnels comme revendeurs (Sony et Microsoft en tête) mettent souvent la pression pour qu’un jeu sorte et que les ventes soient connues ; dans le cas de Cyberpunk 2077, jeu repoussé trois fois depuis son annonce en 2012, l’attente était énorme et la déception probable toute aussi proportionnelle.

Si l’affaire doit effectivement aller devant les tribunaux, il sera intéressant de voir si CD Projekt Red sera en mesure de fournir des documents attestant d’échanges avec les investisseurs et le conseil d’administration, en particulier sur d’éventuelles pressions quant à une sortie prématurée. La responsabilité du studio reste toujours engagée puisqu’au final, c’est bien la direction qui a le dernier mot ; si on ajoute le fait que des remboursements devront être faits depuis ses fonds propres, il ne fait aucun doute que CD Projekt souffrira encore longtemps de ce lancement, et que la leçon sera durement apprise, mais apprise malgré tout.

Cependant, fermer les yeux sur les revendeurs qui hypent le produit sans vérifier les processus de certification, fermer les yeux sur les investisseurs trop pressés, et fermer les yeux sur les médias/influenceurs en quête de clics, serait une erreur encore plus grossière de notre part à tous. Cela fait longtemps que l’industrie du jeu vidéo est gangrenée par de telles pratiques, et la responsabilité dans le lancement catastrophique de Cyberpunk 2077 est partagée par beaucoup. Détourner le regard ne ferait qu’ignorer le problème pour un temps, avant que les choses ne recommencent

 

 

 

 

   

Lothan

Rédacteur en chef de ce p'tit site bien sympatoche ! Amateur de jeux stylés, point bonus s'il y a une histoire riche et/ou des blagues de gamin. Dispo sur Twitter : @RealMimil

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