Dawn of War IV est la pépite qu’on attend désespérément pour cette décennie

20 septembre 2004. Les jeux de stratégie en temps réel sont à leur apogée, et un nouveau challenger entre sur la scène : Dawn of War. Si les fans de Warhammer 40,000 se ruent bien évidemment dessus, même ceux qui ne connaissent rien à l’univers ne peuvent rester insensibles devant les brutaux space marines ou les élégants eldars. Rentrée dans la postérité, la cinématique d’introduction brille par son aspect technique, mais également ses plans audacieux : un Ork enthousiasmé par son propre lance-flammes, un Dreadnought qui fait pleuvoir la mort et, pour finir, l’héroïque sacrifice d’un sergent Blood Raven alors qu’une pluie de modules d’atterrissage promet la justice de l’Empereur.

Avec son extension Winter Assault, puis les standalones Dark Crusade et Soulstorm, il ne fait absolument aucun doute que la saga Dawn of War s’est imposée à la fois comme un titan des RTS et comme un excellent véhicule publicitaire pour Games Workshop. En février 2009 sort le tant attendu Dawn of War II, mais déjà, les choses changent ; l’industrie et les joueurs se tournent de plus en plus vers les MOBA, qui avancent comme un rouleau compresseur sur les autres genres. Cet opus en prendra d’ailleurs une large inspiration, avec le leveling et l’équipement des personnages…

 

 

 

Avril 2017 voit la sortie de Dawn of War III… Et la fin d’une ère. Relic Entertainment nous propose un jeu de stratégie sans réelle saveur, dont les jolis graphismes ne parviennent pas à masquer le manque de variété. Cette déception se noie bien vite dans la médiocrité globale des jeux Warhammer 40,000 et, malheureusement, semble signer la mort de la licence. Pas de DLC, pas d’autres contenus, rien. Magnus did nothing wrong, mais ça n’est clairement pas le cas de Relic avec cet opus !

Depuis, on ne peut s’empêcher de rêver à un retour de la licence, avec une direction maîtrisée et un amour semblable à celui d’il y a presque deux décennies. Si ces dernières n’ont pas spécialement fait la part belle aux jeux tirés du lointain futur où il n’y a que la guerre, l’espoir est toutefois permis…

 

 

 

 

  • De Warhammer à 40,000

 

Lorsque l’univers de fantasy Warhammer a été tué par Games Workshop, au profit d’Age of Sigmar, rien ne semblait pouvoir relever le Vieux Monde de ses cendres – au grand dam des fans. Et pourtant, une double résurrection a rapidement eu lieu.

La première nous vient de Creative Assembly, qui a sorti en 2016 son ambitieux (mais non moins étrange) Total War : Warhammer. Mêler de la fantasy à sa licence phare était un risque de taille, mais le studio britannique a su relever le défi grâce à quelque chose de si rare aujourd’hui : la compréhension. En sept ans parsemés de trois opus majeurs et de nombreux DLC, Creative Assembly a créé un monde titanesque (jouable via le mode dédié Immortal Empires) qui retranscrit toute l’essence du Vieux Monde. Par ailleurs, les batailles à l’échelle grandiose dans de sublimes environnements séduisent les joueurs du genre, qu’ils soient amateurs ou vétérans. La diversité grandissante des races apporte une immense variété de gameplay et de lore, permettent à presque tout le monde de trouver chaussure à son pied – ou croc runique à sa main, en fonction. Ce n’est pas hyperbolique de dire que la manière dont Creative Assembly a appréhendé Warhammer Battle lui a redonné ses anciennes lettres de noblesse, mais aussi de nouvelles.

En 2015, ce sont les suédois de Fatshark qui lancent Warhammer : Vermintide, un beat ’em all qu’il ne convient plus de présenter. Vermintide 2 confirme le succès de son prédécesseur, avec la même recette que celle employée par Creative Assembly : une grande diversité (ici, dans les classes/personnages) jouable dans un monde richement travaillé. Les joueurs se réunissent en grand nombre pour repousser des hordes de Skavens, et sauver l’Empire d’une menace aussi séculaire qu’insidieuse.

OK, mais quel est le rapport avec Dawn of War ? Le triste constat sur lequel tout le monde tombe est que, globalement, les jeux Warhammer 40,000 sont assez pourris. Games Workshop loue sa licence pour avoir le meilleur rendement possible, mais rare sont les projets qui valent le coup. A l’instar de ce qui a été fait par Creative Assembly et Fatshark, l’univers grimdark futuriste a lui aussi besoin de héros qui montreront et démontreront la richesse de son univers, et les possibilités infinies qui s’y trouvent.

 

 

 

 

  • De la mort des RTS à leur retour en force

 

Les jeux de stratégie ont toujours été un moteur du gaming sur PC, de Cossacks à Command & Conquer, en passant par Age of Empires et WarCraft. Élargissons la définition aux 4X et ajoutons même Civilization – le constat est en tout cas simple : la stratégie et la gestion plaisent.

Ces facteurs ont grandement aidé Dawn of War à se faire sa niche, et porté l’éditeur THQ assez haut pour que la chute n’en soit finalement que plus dure. La décennie précédente a toutefois été différente, et ce pour deux raisons. La première partie des années 2010 a vu l’essor massif des MOBA, avec League of Legends à leur tête. Une dose légère de réflexion et beaucoup d’action ont porté un coup massif aux jeux de stratégie, qui ont été moins priorisés par les éditeurs, donc par les studios, donc par les joueurs. Triste enchaînement, c’est bien vrai. Plus récemment, les battle royale et Fortnite de toute nuance ont terminé de conquérir les joueurs, et d’avoir la mainmise quasi-totale sur l’industrie.

S’il faut être honnête, le marché des RTS n’a pas énormément produit, tant en qualité qu’en quantité, sur la décennie précédente. Rappelons que Dawn of War et Winter Assault ont brillé par un univers et une campagne aussi développés que prenants ; dans la foulée, Dark Crusade et Soulstorm ont proposé une grande variété de factions jouables, innovant avec l’équipement pour l’un et les unités volantes pour l’autre.

Ces dernières années, une certaine résurgence des jeux de stratégie en temps réel commence à se voir. Des poids lourds comme Company of Heroes et Homeworld font leur retour, tandis que des nouveaux venus comme Dune : Spice Wars ou encore Iron Harvest apportent une fraîcheur bienvenue. Sur différents réseaux sociaux, les joueurs anciens comme nouveaux manifestent un enthousiasme certain à voir les RTS reprendre du poil de la bête, et proposer des centaines d’heures de plaisir en perspective !

Dans cette optique, un retour en force de la licence Dawn of War serait, pardon du jeu de mots, une nouvelle aube. La trilogie Total War : Warhammer nous a déjà montré ce qu’un tel univers pouvait produire en factions délicieusement variées, les possibilités de gameplay sont donc énormes. A l’heure où les RTS et Roboute Guilliman ressuscitent, le 41ème millénaire a clairement une place à se refaire.

 

 

 

  • L’évolution flagrante d’un univers

 

En tant que jeu de figurines, Warhammer 40,000 a un « setting » relativement stable. Mais ces dernières années, Games Workshop a bousculé sa propre fourmilière pour fournir du nouveau lore, de nouveaux personnages, de nouveaux lieux, et même de nouvelles armées !

Personne n’aura manqué d’y penser, un Dawn of War moderne serait un excellent moyen de promotion pour les dernières évolutions du tabletop. Rappelons par exemple Slitherine, qui a mis en avant dans le très bon Battlesector les Sœurs de Bataille.

Sans être exhaustif, voyons quelles factions plutôt récentes un nouveau Dawn of War pourrait exploiter :

 

  • Nécrons : apparus en grande pompe dans Dark Crusade, les énigmatiques Nécrons ont bénéficié, ces dernières années, de pas mal d’ajouts ! Qu’il s’agisse d’un lore approfondi, de personnages nommés ou de nouvelles unités, ces squelettes de métal sont devenus bien plus que ça. Avec un scénario vaguement travaillé et du ray tracing pour en mettre plein les yeux, les anciennes dynasties necrontyrs ont largement de quoi briller sur scène.
  • Adeptus Mechanicus : personne n’aura manqué de remarquer à quel point Dawn of War III a fait la part belle aux Chevaliers Impériaux – il faut dire qu’ils ont du style ! Games Workshop a depuis sorti d’autres modèles, mais également approfondi l’ensemble du Mechanicus, notamment avec des skitarii divers et variés. Voilà qui offrirait une faction particulièrement fun à jouer.
  • Sœurs de Bataille : introduites dans Soulstorm, les féroces guerrières de l’Adepta Sororita ont aussi eu droit à une refonte de leur roster, et l’ajout d’unités qui envoient du bois (de bûcher). Leur zèle sera plus que bienvenu pour pimenter le tout.
  • Custodes : faction bien délicate que celle-ci, tant les prétoriens de l’Empereur ne quittent quasiment jamais Terra. Mais pour les besoins d’un jeu, nul doute qu’une raison pourra être trouvée ; après tout, une armée de guerriers resplendissants d’auramite, leurs cimiers rouges, agités par le vent, a quelque chose d’exaltant.
  • Démons : sur le modèle de ce qui a été fait dans Total War : Warhammer 3, on peut imaginer voir les quatre Dieux du Chaos représentés en jeu par leurs armées respectives. Les démons bénéficient de l’identité propre de leur divinité tutélaire, ce qui ouvre des possibilités de gameplay éclectiques.
  • Squats : ah, voilà quelque chose qui pourrait être un sacré argument de vente ! Cette obscure race a été ignorée par Games Workshop pendant des décennies, à tel point qu’on les pensait sortis du canon officiel. Mais l’entreprise britannique les a récemment réintroduits en tant que Ligues de Votann, une faction originale qui incarne parfaitement l’esprit de « Nains du futur armés des pieds à la barbe avec des gros canons ». L’intégration des Squats serait un énorme point original pour un Dawn of War IV, et signerait la continuité de la licence : le même esprit, mais avec des ajouts modernes.

 

 

 

 

La profondeur de l’univers Warhammer 40,000 est aussi le résultat de centaines de romans, nouvelles et autres écrits qui ont enrichi des concepts existants. Si l’ambition et les moyens sont là, Dawn of War IV pourra même aller plus loin que ses prédécesseurs dans le choix des factions. Plutôt que les génériques space marines, pourquoi ne pas incarner les Imperial Fists de Lysander, ou les Carcharodons Astra de Tyberos ? Qui des World Eaters et Red Corsairs ? La dynastie d’Oxylt pourrait-elle affronter les Fantômes de Gaunt, pendant que Vorx mène ses Plague Marines contre les Ultramarines de Cato Sicarius (et les titres qui vont avec) ?

Qu’on se le dise très clairement, les possibilités offertes par Warhammer 40,000 sont TI-TA-NESQUES ! Deux facteurs majeurs peuvent néanmoins entraver un Dawn of War IV.

Le premier est, tout simplement, l’argent. Il n’aura échappé à personne que les jeux vidéo coûtent plus cher à l’achat, mais c’est aussi parce qu’ils coûtent plus cher en conception. Le calcul du retour sur investissement dépend de chaque studio, mais le genre du projet est ici déterminant ; car si les jeux de stratégie en temps réel renaissent bien de leurs cendres, ils n’ont pas la popularité d’un MOBA ou d’un battle royale. Les coûts pour développer un jeu avec les factions décrites un peu plus haut s’annonce très élevé, et pourra refroidir plus d’un investisseur.

L’autre facteur est la volonté. Ce mot un peu généraliste présente plusieurs aspects comme, par exemple, celui de la réputation. L’échec cuisant de Dawn of War III laisse un goût toujours amer à beaucoup, et s’occuper de sa succession pourrait être un quitte ou double ; les fans attendent au tournant l’annonce d’un quatrième opus, et si l’attente fait effectivement monter un désir digne de Slaanesh, aucun doute que la punition en cas de catastrophe sera aussi du goût de l’Assoifée. Dans ces conditions, on peut comprendre l’hésitation d’un éditeur majeur.

Wait, mais quel éditeur, au fait ?

 

 

  • Embracer Group, ce titan

 

L’histoire de la saga Dawn of War est aussi longue que celle de Relic Entertainment est compliquée. Pour résumer les choses très simplement : ce studio de notre enfance/adolescence n’existe plus.

Accablé de dettes et alourdi par des projets pesants, Relic Entertainment est finalement racheté par THQ Nordic, qui finira… Accablé de dettes, et lui aussi racheté. C’est Plaion (anciennement Koch Media) qui rachètera ce petit monde, et éditera d’ailleurs Dawn of War III avec son label Deep Silver.

En 2018, Koch Media est racheté par Embracer Group, qui est le nouveau nom de THQ Nordic (et les imbroglios autour de THQ valent le détour, mais c’est une autre histoire !). C’est donc ce titan de l’industrie qui se retrouve en haut de cette très longue chaîne alimentaire, et dispose tant des droits de la licence que des studios capables de les concrétiser. Vous avez probablement entendu parler du « buying spree » d’Embracer ces dernières années, qui comprend notamment les droits sur l’œuvre de J.R.R Tolkien. Dawn of Mordor peut-être un jour ?

On peut s’interroger sur la possible volonté d’Embracer à faire un nouveau Dawn of War, mais gardez bien en tête qu’il ne s’agit que de spéculations. Notons tout d’abord que Relic Entertainment existe dans une version moderne, et n’a pas chômé du tout ; le studio vient en effet de sortir l’excellent Company of Heroes 3, donnant ainsi un souffle de modernité à une célèbre série de RTS. Avec l’expérience acquise via ce projet, on imagine tout à fait que les développeurs s’attaquent ensuite à notre univers grimdark préféré.

A l’heure actuelle, après des années de rachats et d’investissements aussi divers que variés, Embracer recherche aussi bien les bénéfices que la reconnaissance dans le milieu. S’il faut le répéter (car c’est important), un Dawn of War IV serait extrêmement coûteux… Mais un modèle de DLC qualitatif sur plusieurs années est tout à fait envisageable. Signer le retour d’une saga aussi mythique pourrait également donner à Embracer une nouvelle envergure, et probablement beaucoup d’amour de la part des gamers.

En somme, il y a du pour et du contre ; et nous, on a de l’espoir !

 

 

 

  • Quoi et quand, voici nos attentes réalistes

 

Si les conjectures sont bien belles, il convient de les observer sous la loupe du réalisme, et une option paraît tout à fait vraisemblable : celle du remake.

L’industrie moderne du jeu vidéo a produit ces cinq dernières années une quantité phénoménale de remakes, généralement pour l’aspect graphique général, mais aussi pour apporter des modifications de gameplay et des ajouts modernes comme le ray tracing. Embracer et Relic pourraient tâter le terrain avec Dark Crusade ou Soulstorm, qui sont suffisamment complets pour garantir des centaines d’heures de jeu en plus de toucher la fibre nostalgique.

Le succès d’un remake pourrait ensuite conduire à des projets plus ambitieux, comme ce fameux Dawn of War IV qui se fait attendre.

Une autre option qui permettrait de mesurer les coûts serait l’adaptation d’une œuvre existante dans un contexte maîtrisé. Qu’il s’agisse d’un roman – voire même plusieurs – ou d’un événement important scénarisé par Games Workshop, un tel projet d’une envergure plus humble pourrait séduire les fans de l’univers assez facilement. La trilogie consacrée à la Black Legion de Aaron Dembski-Bowden pourrait être un bon point de départ, de même que la série de l’Aube de Feu.

Quoiqu’il en soit, il est important de se rappeler que l’espoir est autorisé, malgré la catastrophe qu’a été Dawn of War III. Embracer Group dispose de moyens financiers importants, et la nouvelle monture de Relic Entertainment semble plus en forme que jamais ; en l’état actuel des choses, il n’est pas impossible de voir un nouvel opus annoncé dans les deux années à venir. Une fois les étoiles alignées, tout porte à croire qu’un nouveau Dawn of War pourra faire chauffer nos PC avec amour !

 

 

 

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1 Response

  1. Titus dit :

    Un bien beau dossier, félicitations ! Je me demandais justement qui détenait les droits de la licence, je ne pensais pas que c’était un aussi gros bordel^^
    C’est vrai que les RTS reviennent à la mode, et avec le projet d’Henry Cavill, il est clair que Warhammer 40 000 n’a jamais été aussi populaire. C’est le moment rêvé pour annoncer un Dawn of War 4, en espérant qu’il soit à la hauteur !

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