[TEST] Avec le prenant Endless Legend 2, Amplitude sublime une formule déjà fascinante

Le studio français est de retour, et fait culminer presque deux décennies d'expérience avec un sacré banger

Un an après le début de son early access et notre review de l’époqueEndless Legend 2 est sorti dans toute sa gloire, offrant les terres – et les mers ! – de la tumultueuse Saiadha aux plus courageux.

Le dernier-né d’Amplitude Studios reprend le meilleur des opus précédents et évite le pire, en plus de faire avancer le genre avec sa mécanique de marées. Douze mois de retours de la communauté et de mises à jour ont offert un peaufinage de qualité au jeu, pour le plus grand plaisir des amateurs de 4X !

 

 

  • Les marées changent tout

Il y a quelque chose d’assez amusant avec Endless Legend 2. Lorsque j’avais découvert le jeu en accès anticipé, je le considérais déjà comme l’un des 4X les plus prometteurs de ces dernières années. Maintenant que la version 1.0 est disponible, une question demeure : Amplitude Studios est-il parvenu à transformer cette excellente base en véritable référence du genre ?

La réponse est globalement oui. Endless Legend 2 ne réinvente pas chaque mécanique du 4X, et certaines de ses idées ne sont d’ailleurs plus aussi révolutionnaires qu’elles pouvaient l’être il y a douze ans. En revanche, Amplitude possède toujours cette capacité assez rare à prendre une mécanique familière, à lui donner une identité extrêmement forte, puis à faire en sorte qu’elle serve simultanément le gameplay, l’exploration et la narration. Et sur Saiadha, cette philosophie porte un nom : les marées.

 

 

Saiadha est un monde mourant. Autrefois transformée en planète désertique par les Endless, elle a ensuite été recouverte d’océans afin de contenir quelque chose qui sommeille dans ses profondeurs. Désormais, les eaux commencent à se retirer et les terres englouties réapparaissent progressivement. Tous les quelques dizaines de tours, une mousson vient donc bouleverser la planète. Puis survient le jusant : le niveau des océans baisse, de nouvelles régions deviennent accessibles et des technologies anciennes, des ressources, des forteresses et des factions mineures apparaissent à la surface. C’est une idée particulièrement brillante parce qu’elle s’attaque directement à l’un des problèmes historiques des 4X : une fois la carte explorée, l’excitation retombe généralement car les empires sont installés, les frontières figées et chaque tour supplémentaire ressemble davantage à une formalité qu’à une véritable décision.

Ici, le terrain peut littéralement changer sous nos pieds. Une frontière auparavant parfaitement sûre peut devenir vulnérable ; une région insignifiante peut soudainement devenir le territoire le plus convoité de la partie ; deux empires jusque-là séparés peuvent se retrouver en contact après la disparition d’une étendue d’eau. L’exploration et l’expansion redeviennent donc pertinentes plusieurs fois au cours d’une même partie, au lieu de constituer uniquement les deux premières phases du jeu. La planification est autant handicapée qu’elle est rendu excitante, et les surprises donnent un nouveau rythme intéressant.

 

  • Cinq factions, mille manières de jouer

La grande force d’Endless Legend 2 reste toutefois ailleurs : ses factions. Elles ne se contentent pas de disposer d’unités différentes ou de quelques bonus statistiques car Amplitude cherche systématiquement à modifier les règles du 4X afin que chaque civilisation impose sa propre logique.

Les Héritiers de Sheredyn privilégient ainsi les forteresses et une approche défensive. Les Gardiens des Sables, eux, sont des constructions minérales vivantes incapables de cultiver normalement la terre : ils doivent récupérer des ressources rares et transformer leur environnement pour produire leur population. Les Aspects combinent quant à eux corail vivant et technologie robotique, avec une orientation diplomatique particulièrement prononcée. Les Nécrophages poussent encore plus loin l’asymétrie, jusqu’à fonctionner autour d’une seule cité-ruche. Les paisibles Tahuks s’axent autour de la science et des observatoires. Apprendre à maîtriser une civilisation ne signifie absolument pas avoir compris Endless Legend 2. Changer de faction oblige à repenser son économie, son expansion, ses relations diplomatiques et même son rapport au territoire. Les factions rogue, qui proposent des variantes radicales de certains peuples existants, renforcent encore cette approche et offrent toujours plus de rejouabilité.

 

 

Sur le fond, Amplitude conserve les piliers économiques de la série. Les revenus reposent notamment sur le système FIDSI – Nourriture, Industrie, Brume, Science et Influence – tandis que les ressources de luxe permettent de personnaliser et renforcer son empire. Ce n’est pas particulièrement révolutionnaire en 2026, et plusieurs innovations du premier Endless Legend sont désormais devenues des standards du genre ; mais leur exécution reste solide, et c’est tout ce qu’on demande.

L’exploration, elle, est beaucoup plus dynamique. Les armées ne sont jamais de simples pions destinés à attendre le prochain conflit : elles explorent, sécurisent les frontières, récupèrent des curiosités, accomplissent des quêtes et interagissent avec les factions mineures. Ces dernières constituent d’ailleurs une composante particulièrement réussie du jeu ; elles peuvent être conquises ou intégrées, avec des conséquences et des avantages qui varient selon la civilisation choisie. Les quêtes ajoutent ainsi une dimension narrative à des décisions qui auraient autrement été purement économiques ou militaires, même si le lore de Saiadha n’est pas suffisamment mis en avant.

 

  • Un monde magnifique, jusque dans ses détails

Il serait difficile de parler d’Endless Legend 2 sans évoquer sa direction artistique.

Saiadha est probablement l’un des plus beaux mondes jamais proposés par Amplitude. Chaque biome possède une identité forte, les textures donnent une véritable personnalité aux terrains et les nouvelles terres révélées par les marées donnent parfois l’impression d’explorer une planète complètement différente. Le jeu ne cherche pas nécessairement le photoréalisme cher à l’industrie moderne. Il privilégie plutôt une direction artistique picturale, colorée et extrêmement cohérente, dans laquelle les unités, les bâtiments et les environnements semblent appartenir au même univers.

La bande-son d’Arnaud Roy mérite également une mention particulière. Elle accompagne constamment la partie sans devenir envahissante, avec une instrumentation notamment construite autour d’un orgue de cristal. Surtout, la musique évolue selon les situations et peut modifier son intensité lorsqu’on passe, par exemple, à un écran diplomatique ou à une bataille. Certaines mélodies particulièrement mélancoliques semblent tout droit sorties d’un péplum tragique, et illustrent parfaitement les secrets oubliés de Saiadha.

L’interface est en revanche moins convaincante. Elle reste fonctionnelle et particulièrement complète, mais certains symboles utilisés sur la carte pour représenter les villes, armées ou ressources demandent un temps d’adaptation. Là où le premier Endless Legend communiquait parfois immédiatement une information, cette suite nous demande davantage d’interprétation et de discernement ; c’est en soi une bonne chose, mais l’équilibre total n’a pas encore été trouvé et certains aspects restent flous.

 

 

 

 

  • Diplomatie et combats, même… well, combat

Le système de combat tactique conserve les affrontements au tour par tour et accorde une vraie importance au positionnement. Le terrain compte énormément puisque certaines factions profitent des goulets d’étranglement, d’autres privilégient les attaques à distance ou certains types d’environnement. Les déplacements et le placement sont donc loin d’être accessoires.

Pour autant, c’est probablement l’un des domaines dans lesquels Endless Legend 2 aurait pu aller plus loin. Les affrontements peuvent donner l’impression d’être extrêmement serrés, avec des échanges de dégâts parfois difficiles à influencer autrement qu’en accumulant les bonus ou en exploitant au maximum le terrain. On notera que que les combats peuvent devenir beaucoup plus favorables avec une supériorité numérique importante, tandis que les niveaux de difficulté élevés compensent parfois les capacités de l’IA par des ressources supplémentaires plutôt que par une meilleure compréhension du jeu.

Ce n’est pas catastrophique, loin de là. Mais dans un jeu où chaque faction est aussi sophistiquée, on aurait aimé que les batailles soient à la hauteur du reste.

 

 

 

Quant à la diplomatie, elle fonctionne. Elle permet de négocier, de commercer et d’établir différents types de relations ; elle manque néanmoins encore de profondeur pour véritablement égaler les autres systèmes du jeu.

C’est d’autant plus dommage que certaines factions ont été spécifiquement pensées autour de la diplomatie. Les Aspects, par exemple, peuvent utiliser leur influence pour imposer certaines formes de coopération, ce qui ouvre des possibilités très intéressantes. Mais le système diplomatique général ne semble pas toujours suffisamment riche pour exploiter pleinement ces particularités, avec des options limitées et surtout une compréhension des besoins de chaque faction qui n’est pas souvent claire.

Ce n’est pas un défaut qui ruine une partie, mais c’est une occasion manquée : avec des factions aussi radicalement différentes, Endless Legend 2 aurait pu proposer une véritable simulation des relations entre civilisations et des actions poussées qui peuvent offrir de nouvelles opportunités.

 

 

  • Une progression qui sait rester intéressante

L’autre réussite du jeu réside dans son équilibre général, du début à la fin.

Les technologies débloquent progressivement de nouvelles unités et améliorations, tandis que les ressources permettent de spécialiser son empire. Les héros ajoutent une couche supplémentaire de personnalisation, même si leurs compétences auraient parfois mérité davantage de profondeur en combat. Surtout, le jeu ne nous pousse jamais à adopter une seule stratégie pour gagner : expansion militaire, domination économique, recherche scientifique ou objectifs narratifs peuvent conduire à la victoire.

Et comme les factions ne fonctionnent pas de la même manière, une stratégie efficace avec les Sheredyn peut devenir totalement absurde avec les Gardiens des Sables, offrant à Endless Legend 2 une rejouabilité dont ne jouissent pas tous les 4X. C’est exactement ce qu’on attend d’un grand 4X : donner suffisamment de règles pour créer une structure cohérente, puis suffisamment d’exceptions pour que chaque partie raconte quelque chose de différent.

 

 

 

 

 

On a aimé

  • L’asymétrie exceptionnelle des factions, qui modifie véritablement les règles plutôt que d’offrir de simples bonus
  • Les marées et le jusant, probablement la meilleure idée de cette suite, qui empêchent la carte de devenir complètement statique
  • La direction artistique, extrêmement cohérente, détaillée et reconnaissable
  • La bande-son d’Arnaud Roy, qui accompagne intelligemment les différentes phases du jeu et évolue selon l’action
  • Les quêtes et factions mineures, qui donnent davantage de personnalité aux longues phases d’exploration
  • La densité générale des mécaniques, qui réussissent à faire fonctionner ensemble exploration, économie, diplomatie, narration et guerre

 

On a moins aimé

  • Les combats tactiques, efficaces mais parfois trop dépendants des rapports de force, des bonus et de l’exploitation du terrain
  • La diplomatie et certaines limites de gestion, encore trop rigides par rapport à l’ambition générale du jeu
  • Les armées indépendantes qu’on ne peut pas tuer parce qu’elles font parti de la quête d’une autre faction… très agaçant !

 

 

 


NOTE FINALE


92 / 100


 

 

 

Rédacteur en chef de ce p'tit site bien sympatoche ! Amateur de jeux stylés, point bonus s'il y a une histoire riche et/ou des blagues de gamin. Dispo sur Twitter : @RealMimil

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