[TEST] Crimson Desert n’a pas assez d’excuses pour une ambition souvent trop confuse

Au-delà de la rime, le jeu de Pearl Abyss veut être trop de choses, mais n'excelle au final dans aucune

Il y a quelque chose de fascinant dans Crimson Desert. Non pas parce qu’il réussit systématiquement ce qu’il entreprend, mais parce qu’il tente absolument tout, tout le temps, sans jamais vraiment choisir une direction. Pearl Abyss livre ici un objet vidéoludique dense, spectaculaire, parfois brillant… mais aussi profondément déséquilibré.

Attendu depuis des mois, voire des années, ce jeu d’action-aventure (pas un RPG, donc) promettait de titiller les centres d’intérêts d’à peu près tous les joueurs. Résultat ? Mitigé mais pas négatif !

 

 

  • Une histoire présente, mais jamais vraiment incarnée

Sur le papier, Crimson Desert coche toutes les cases du récit épique – pourtant, cette base narrative peine constamment à prendre vie.

Guerre, trahisons, factions, héros tourmenté : Kliff a tout du protagoniste classique et charismatique plongé dans un monde brutal. Le problème ne vient pas tant de l’univers que de son traitement, puisque les enjeux sont flous, les transitions abruptes, et surtout, les personnages manquent cruellement de consistance. Damiane, par exemple, cristallise à elle seule une critique récurrente côté joueurs : celle d’un personnage à moitié écrit, dont les motivations et l’évolution semblent inachevées plutôt que volontairement mystérieuses. On peut aisément alterner entre Kliff et Damiane, mais les deux sont aussi fades l’un que l’autre, et ne réagissent pas aux événements auxquels ils participent. Une magie antique issue d’un panthéon disparu ? K. Le fils du comte est devenu un démon ? Vu.

Ce manque d’incarnation touche l’ensemble du casting. Les dialogues donnent régulièrement l’impression de servir de simples passerelles entre deux séquences de gameplay, et non de véritables vecteurs d’émotion ou de tension. Même les moments censés être marquants retombent rapidement, faute d’écriture solide pour les soutenir ; il est également impossible de passer les cinématiques, qui ne sont que de longues séquences inutiles apportant un semblant de direction à l’ensemble des actions du joueur.

Plus globalement, Crimson Desert souffre d’un mal bien connu des jeux trop vastes : la dilution narrative. Entre les quêtes secondaires, les activités annexes et les systèmes parallèles, l’histoire principale devient presque accessoire. Elle est là, dans son écriture inégale, mais elle n’impose jamais son importance. Le manque de réaction de Kliff aux événements ou au lieux peu communs nous sort du jeu, et laisse clairement entendre que le gameplay est l’unique raison de jouer, l’histoire et l’univers n’étant qu’une fine toile destinés à rassembler le tout dans un équilibre des plus précaires.

Le résultat est paradoxal avec un univers riche en surface, mais étonnamment difficile à investir émotionnellement. On avance, on comprend globalement ce qui se passe… mais sans jamais réellement s’y attacher. Puisque cette review va à l’encontre du consensus de Metacritic, autant aller jusqu’au bout et dresser le parallèle avec Elden Ring : le lore, aussi riche soit-il, ne peut pas remplacer l’histoire.

 

 

 

  • Une direction artistique impressionnante qui est pourtant inégale

Difficile, en revanche, de nier l’impact visuel de Crimson Desert. Le Blackspace Engine permet à Pearl Abyss de proposer un monde vaste, cohérent, et souvent spectaculaire. Les panoramas s’enchaînent avec une fluidité remarquable, et certaines séquences donnent réellement l’impression d’assister à une démonstration technique. Les environnements, en particulier, constituent l’un des points forts du jeu. Plaines balayées par le vent, montagnes abruptes, villages vivants : Pywel possède une identité visuelle marquée, capable de capter l’attention dès les premières heures.

Mais là encore, cette réussite est à nuancer, car derrière cette vitrine technique se cachent des incohérences notables. Certaines animations manquent de finition, des collisions approximatives viennent casser l’immersion, et l’ensemble souffre par moments d’un manque de lisibilité, notamment en combat. Quand l’écran se remplit d’effets, de particules et d’ennemis, il devient difficile de comprendre ce qui se passe réellement. On sent ici l’effet console, qui veut en mettre plein les yeux pour dissiper les petits détails. La beauté impressionnante est préférée au charme réfléchi, et c’est là une perte nette pour Crimson Desert.

Cette perte de clarté visuelle n’est pas anodine, puisqu’elle impacte directement le gameplay. Là où certains jeux utilisent leur direction artistique pour renforcer la lisibilité, Crimson Desert semble parfois faire l’inverse, privilégiant le spectaculaire au détriment du fonctionnel. À cela s’ajoutent des problèmes techniques plus classiques : bugs, comportements erratiques, optimisation inégale selon les configurations. Rien de rédhibitoire individuellement, mais suffisamment fréquent pour entacher l’expérience globale. On fera néanmoins preuve de tolérance, les développeurs de Pearl Abyss eux-mêmes apprenant encore à dompter le Blackspace Engine qui est clairement une réussite technologique. Les bugs ici et là sont donc relativement excusables, mais le manque de clarté l’est moins.

En somme, Crimson Desert impressionne visuellement, mais peine à maintenir ce niveau d’exigence dans la durée. Il montre ce dont il est capable… sans toujours parvenir à s’y tenir.

 

 

 

  • Un gameplay riche… et complètement désorganisé

C’est ici que Crimson Desert révèle pleinement sa nature ; le jeu ne manque ni d’idées, ni de systèmes, ni d’ambition. Combat, exploration, artisanat, gestion, interactions dynamiques : tout est là, ou presque. Le système de combat, en particulier, constitue l’une des réussites les plus évidentes. Exigeant, technique, parfois proche d’un jeu de combat dans sa logique de timing et de combos, il offre une vraie profondeur. Lorsqu’il fonctionne, il procure un réel sentiment de maîtrise.

Mais ce « lorsqu’il fonctionne » est essentiel. Car ce système est constamment parasité par des problèmes de lisibilité et d’équilibrage. Les affrontements de groupe virent rapidement au chaos, avec des attaques hors champ, des enchaînements impossibles à anticiper et une caméra qui peine à suivre. Le jeu demande de la précision, mais crée des situations où cette précision devient irréalisable. Le système de combat oscille entre Black Desert Online (logique), The Witcher 3 et Elden Ring, en un méli-mélo qui peine à trouver son rythme.

À cela s’ajoute une variété d’ennemis étonnamment limitée. Malgré la richesse apparente du monde, les combats finissent par donner une impression de répétition, les mêmes patterns revenant encore et encore avec peu de variations significatives. Les mêmes bandits sont présents du début à la fin du jeu, sans aucune nuance ; certes, des chevaliers et autres créatures viennent briser la monotonie, mais un bestiaire si réduit pour un monde si vaste fait très vite tâche. Encore une fois, la richesse du jeu s’effrite lorsqu’on regarde sous la surface.

 

 

 

Mais le véritable problème se situe ailleurs : dans la structure même du jeu.

Crimson Desert empile les mécaniques sans jamais les hiérarchiser. Chaque système semble exister indépendamment des autres, sans véritable cohérence d’ensemble. On peut miner, pêcher, cuisiner, gérer des camps, enchaîner des quêtes, explorer librement… mais le jeu ne parvient jamais à faire de tout cela une expérience fluide et organique. L’absence de progression chiffrée dans ces activités, à contrario d’un RPG, ne donne pas ce sentiment jouissif d’avancer dans les mécaniques du jeu.

L’exploration illustre parfaitement ce défaut. Elle est vaste, ouverte, théoriquement libre… mais rarement engageante. Un sentiment terrible nous envahit bientôt : celui de parcourir un monde immense sans réellement comprendre ce qui le rend intéressant. On découvre des lieux, on accomplit des activités, mais sans cette curiosité naturelle qui pousse à aller plus loin. Les puzzles sont plus lassants qu’excitants – la faute à des contrôles peu intuitifs – et n’offrent absolument pas suffisamment de raison de vouloir farfouiller. Si les graphismes sont sublimes, on le répète, ils ne mettent pas en valeur un monde visuellement chamarré mais vidéoludiquement pauvre.

Après une quinzaine d’heures, une question revient fréquemment : qu’est-ce qui rend Crimson Desert vraiment unique ? Et surtout, pourquoi continuer ? Cette absence de réponse claire résume à elle seule le problème du jeu. Après une vingtaine d’heures, le questionnement est toujours là.

 

 

  • Un verdict en demi-teinte, et des espoirs pour l’avenir

Crimson Desert est un jeu d’excès. Trop d’idées, trop de systèmes, trop d’ambition… et pas assez de structure pour soutenir l’ensemble. On sent clairement que Pearl Abyss a converti une idée de MMORPG en une magnifique vitrine pour le Blackspace Engine, tout en voulant séduire les publics massifs de certains des meilleures productions triple A de la dernière décennie. Il impressionne par moments, notamment grâce à son système de combat et à sa direction artistique. Mais ces réussites ponctuelles ne suffisent pas à masquer une expérience globalement déséquilibrée, où la confusion prend souvent le pas sur le plaisir.

Les fans de The Witcher 3, Elden RingZelda ou encore Red Dead Redemption 2 apprécieront à divers degrés ce que propose Crimson Desert, tant la palette de séduction est large. Dans les jours qui ont suivi, des patchs correctifs et amélioratifs ont été déployés, les développeurs indiquant leur intention d’améliorer le jeu au fur et à mesure du feedback de la communauté. Certes, ça ne sauvera pas l’histoire fade ou les problèmes de game design, mais l’expérience globale s’en retrouve améliorée.

Le bébé de Pearl Abyss est donc loin d’être un échec mais c’est un jeu frustrant, inabouti, qui laisse entrevoir un potentiel immense sans jamais parvenir à le concrétiser. Et au final, c’est peut-être ce qu’il y a de plus dommage.

 

On a aimé :

  • Les graphismes absolument impressionnants du BlaskSpace Engine
  • Les combats de boss dynamiques
  • La liberté de déplacement
  • La réactivité de Pearl Abyss aux critiques, dès les premiers jours du lancement

 

On a moins aimé :

  • L’histoire très confuse
  • Un monde ouvert surchargé, et paradoxalement peu engageant
  • Les mécaniques qui sont en quantité plutôt qu’en qualité
  • La caméra capricieuse
  • L’interface pas toujours pratique, clairement pensée pour les consoles
  • La direction artistique fade, qui ne rend pas hommages aux graphismes
  • Le bestiaire trop peu varié pour un si grand monde

 


NOTE FINALE


65 / 100


 

 

Rédacteur en chef de ce p'tit site bien sympatoche ! Amateur de jeux stylés, point bonus s'il y a une histoire riche et/ou des blagues de gamin. Dispo sur Twitter : @RealMimil

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