Ubisoft traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire, alors que les derniers mois étaient déjà très bancals.
Après des années de retards, de projets annulés et de résultats en demi-teinte, l’éditeur français annonce une restructuration d’ampleur inédite : l’entreprise va être scindée en cinq entités distinctes. Présentée comme une renaissance organisationnelle, cette transformation s’accompagne pourtant d’un constat brutal : les licenciements continuent, les coûts explosent et l’avenir créatif du groupe reste profondément incertain.
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Une scission en cinq sociétés pour corriger un modèle à bout de souffle
Le cœur de la réforme repose sur la création de cinq structures autonomes, chacune chargée de piloter un portefeuille de projets précis. Ubisoft cherche ainsi à rompre avec son organisation centralisée, souvent accusée de ralentir la production et de diluer les responsabilités.
Sur le papier, l’objectif est clair : redonner de l’agilité, accélérer la prise de décision et responsabiliser les équipes dirigeantes. En pratique, cette fragmentation ressemble surtout à un aveu d’échec du modèle industriel qui a fait le succès de l’éditeur dans les années 2000 et 2010. Ubisoft ne se transforme pas par ambition, mais par nécessité, après avoir échoué à livrer régulièrement des jeux majeurs dans des délais raisonnables.
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Licenciements, économies forcées et projets sacrifiés
Derrière le discours sur la créativité retrouvée, la réalité sociale est beaucoup plus sombre. La restructuration s’inscrit dans un plan massif de réduction des coûts, prolongé sur plusieurs années, avec plusieurs centaines de millions d’euros d’économies supplémentaires attendues.
Concrètement, cela se traduit par :
- des licenciements continus,
- des fermetures ou réductions de studios,
- l’annulation de plusieurs jeux en développement,
- le report de nombreux projets jugés trop risqués ou insuffisamment avancés.
Certains titres emblématiques ont ainsi été sacrifiés, illustrant l’incapacité d’Ubisoft à sécuriser ses productions les plus attendues. Pour les équipes, la promesse d’autonomie se heurte à une pression accrue sur les résultats, dans un climat d’instabilité chronique.
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Une industrie en panne… mais un pari massif sur l’IA générative
Autre pilier de la stratégie : l’investissement renforcé dans l’intelligence artificielle générative. Ubisoft présente l’IA comme un levier d’innovation au service des joueurs et des développeurs, censé fluidifier la production et enrichir les expériences de jeu.
Mais le timing interroge. Alors que l’éditeur peine déjà à sortir ses jeux à temps, l’IA apparaît moins comme une vision créative que comme une solution technologique censée compenser des équipes réduites et des budgets sous tension. Le risque est évident : substituer des outils automatisés à une expertise humaine déjà fragilisée, sans résoudre les problèmes structurels de gestion et de direction créative.
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Crise de confiance et avenir incertain pour l’éditeur français
La réaction des marchés et de l’industrie a été immédiate : chute brutale de l’action, scepticisme des analystes, inquiétude des salariés. Cette restructuration radicale ne rassure pas ; elle souligne au contraire la profondeur de la crise que traverse Ubisoft.
L’éditeur joue désormais une partie à haut risque. Soit cette fragmentation lui permet de se réinventer réellement, en redonnant du sens et de la cohérence à ses productions. Soit elle accélère l’érosion d’un groupe déjà affaibli, incapable de concilier ambitions créatives, contraintes financières et respect de ses talents.
Dans les deux cas, Ubisoft n’est plus dans une phase d’ajustement. Il est en situation de survie stratégique, et chaque décision prise aujourd’hui pèsera lourdement sur son existence à moyen terme. A l’heure de l’écriture de cet article, l’action Ubisoft se négocie à 4,63 euros soit une chute de d’un peu plus de 93% en cinq ans.
Ouch.

