Treize ans après la sortie de BioShock Infinite (ça ne nous rajeunit pas !), l’absence d’un nouvel épisode majeur de la franchise commence à devenir difficile à ignorer, y compris chez son éditeur. Dans une interview accordée à Game File, le PDG de Take-Two Interactive, Strauss Zelnick, a reconnu être « profondément déçu » de ne toujours pas avoir réussi à ramener la licence sur le devant de la scène.
Cette déclaration est importante, car Take-Two reste habituellement extrêmement prudent sur ses productions internes. Or ici, M. Zelnick admet implicitement que le développement du prochain BioShock traverse une situation compliquée depuis plusieurs années. Le dirigeant évoque même « du temps et de l’argent perdus » dans des directions créatives qui se sont révélées être des impasses. En mai 2023, nous apprenions justement qu’au moins quatre itérations avaient été essayées, manifestement sans succès.
Le contexte explique en partie cette situation. Après le succès critique et commercial de BioShock, BioShock 2 et surtout BioShock Infinite, la série a progressivement perdu sa structure historique. En 2014, Ken Levine décide de fermer Irrational Games, le studio créateur de la licence, afin de quitter le développement AAA traditionnel pour se concentrer sur des projets plus modestes et expérimentaux. Take-Two tente alors de reconstruire l’avenir de la franchise en interne : en 2019, l’éditeur crée Cloud Chamber, un studio spécifiquement chargé de développer le fameux BioShock 4 dont même le titre n’est pas connu. Mais depuis cette annonce, les informations concrètes restent extrêmement rares. Plusieurs rapports évoquent des difficultés narratives, des réorganisations internes et des validations créatives compliquées – choses qu’on imagine clairement, puisque ce nouvel opus pourrait introduire monde ouvert et quêtes secondaires à la saga jusqu’alors linéaire.
Cette situation illustre un problème plus large autour de BioShock : la franchise repose fortement sur une identité artistique et philosophique très liée à Ken Levine. L’univers de Rapture, puis celui de Columbia dans Infinite, ne se limitaient pas à leur direction artistique. Ils étaient portés par une écriture particulière, mélange de critique politique et d’immersion narrative devenue difficiles à reproduire sans son créateur historique. Le poids des attentes complique également le projet puisque la série BioShock reste l’une des licences les plus prestigieuses du FPS narratif moderne, avec une réputation presque intouchable auprès des joueurs. Produire un nouvel épisode capable d’être à la hauteur d’Infinite représente un défi créatif autant que commercial. D’autant que l’industrie a profondément changé depuis 2013 : coûts de production en explosion, cycles de développement interminables et pression croissante autour des AAA ; même Ken Levine expliquait qu’une licence comme BioShock n’est pas toujours souhaitable pour un éditeur, la preuve nous en étant clairement donnée ici.
Les propos de M. Zelnick traduisent finalement une réalité devenue fréquente dans le jeu vidéo moderne, où même les plus grandes licences peuvent rester bloquées pendant des années dans des boucles de préproduction et de réécriture. Le dirigeant de Take-Two insiste toutefois sur le fait qu’il se sent désormais « beaucoup mieux » concernant l’état actuel du projet, laissant entendre qu’une direction plus claire aurait enfin été trouvée. En décembre dernier, de premiers modèles et environnements auraient été leakés, laissant entrevoir des similitudes importantes avec Atlas et notre premier aperçu iconique de Rapture.
Pour autant, aucune fenêtre de sortie n’existe encore officiellement. Et plus le temps passe, plus la question devient délicate pour Take-Two : comment relancer BioShock sans trahir ce qui a fait sa singularité ? Une chose est sûre, le premier trailer d’annonce – qui on l’espère arrivera avant la fin de cette décennie – sera largement scruté et décortiqué !

