Alors que Valve fait toujours face à plusieurs procédures judiciaires liées à la position de Steam sur le marché du jeu vidéo PC, Gabe Newell a récemment défendu son entreprise auprès de Bloomberg en estimant que les joueurs disposent d’un « énorme choix » quant à l’endroit où acheter leurs jeux ; une affirmation qui relance le débat sur la place occupée par Steam au sein de l’écosystème PC.
Pour le cofondateur de Valve, la concurrence existe bel et bien. Entre l’Epic Games Store, GOG, le Microsoft Store, Battle.net, Ubisoft Connect ou encore d’autres boutiques des éditeurs, les consommateurs ne seraient enfermés dans aucune plateforme particulière. D’un point de vue purement théorique, l’argument est difficile à contester : contrairement aux consoles, le PC reste un environnement ouvert où plusieurs magasins peuvent coexister.
Cependant, la question soulevée par les critiques ne porte pas tant sur l’existence d’alternatives que sur leur capacité réelle à rivaliser avec Steam. Depuis plus de quinze ans, Valve bénéficie d’un puissant effet de réseau : bibliothèque centralisée, fonctionnalités communautaires, ateliers de mods, listes d’amis, succès, sauvegardes dans le cloud et compatibilité avec une immense partie du catalogue PC. Pour beaucoup de joueurs, quitter Steam implique de renoncer à un écosystème devenu quasiment incontournable. Alors que le géant vient d’être ciblé par une association de consommateur aux Pays-Bas, sa position dominante paraît de plus en plus fragilisée, ne serait-ce que sur le papier.
Cette situation se reflète également chez les développeurs : malgré la commission de 30 % souvent critiquée, la visibilité offerte par Steam reste difficile à égaler. Même des éditeurs ayant tenté l’exclusivité ailleurs, notamment sur l’Epic Games Store, sont souvent revenus sur la plateforme de Valve afin de profiter de son audience massive. Pour autant, qualifier Steam de monopole absolu serait excessif ; Valve ne verrouille pas techniquement l’accès au marché et n’empêche aucun concurrent d’opérer. En revanche, son avance accumulée au fil des années lui confère une position dominante de fait, suffisamment forte pour influencer les pratiques commerciales de toute l’industrie.
Le véritable enjeu est donc moins de savoir si Steam est un monopole au sens strict que de déterminer à partir de quel niveau de domination une plateforme devient tellement incontournable que la concurrence, bien qu’existante sur le papier, peine à exercer une pression réelle. C’est précisément cette nuance que les procédures en cours cherchent aujourd’hui à éclaircir, ces mêmes nuances que M. Newell semble ignorer…

